Spip 2.0 : tout change et rien ne change

, par Valéry-Xavier Lentz

L’outil de gestion de contenu libre SPIP va prochainement passer à sa version 2, une fois la phase de tests en cours achevée. Cette sortie risque de passer pour un non-événement aux yeux d’une grande partie des utilisateurs actuels tout en enthousiasmant dans le même temps les autres.

En effet pour les contributeurs ou webmasters, les évolutions visibles seront minimes dans un premier temps. L’évolution de SPIP s’est faite progressivement. En huit ans d’existence c’est par ajout successifs que s’est constitué toute la richesse de ce CMS et non pas par des grands bonds en avant. La version 1.7 a vu arriver le multilinguisme, la version 1.8 un nouveau design de l’espace d’administration et un moteur aux capacités plus étendues, la version 1.9 a permis l’ajout de plugins. Le passage à la version 2 ne représentera donc pas une révolution mais plus surement l’officialisation d’un travail de maturation de plusieurs années.

En revanche pour les concepteurs de sites, les dizaines de nouvelles fonctionnalités, somme du travail colossal d’une équipe de développeurs bénévoles, représentent autant de pistes pour construire plus facilement encore des sites fonctionnellement très riches. SPIP n’est plus depuis longtemps un simple outil de gestion de contenu éditorial mais constitue désormais une boite à outils permettant de construire des sites bien plus complexes pour qui sait en tirer parti.

"Tout change" donc, puisque la nature de l’outil est désormais bien différente de ce qu’il était par le passé. Mais "rien ne change" également compte tenu de l’attention particulière apportée à la rétrocompatibilité et à maintenir intacte l’expérience utilisateur actuelle ainsi que la courbe d’apprentissage très douce pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans l’exploitation de l’outil et le développement de sites. La nouvelle version ne perturbera donc pas les utilisateurs.

Les nouveautés marquantes

La liste des nouvelles fonctionnalités étant particulièrement longue, je ne retiens ici que celles qui ont attiré mon attention, compte tenu de mon expérience personnelle avec SPIP. N’étant pas pour ma part développeur, la portée de bon nombre nombre de changements m’échappe complètement (comme la compatibilité avec plusieurs types de bases de données) là où d’autres m’interpellent tout de suite (l’usage simplifié d’AJAX pour qui ne connais pas le javascript par exemple).

Les petits trucs agaçants qui sont résolus :

  • l’interface simplifiée du backoffice trépasse : hip hip hip hourra. Il était juste trop compliqué d’expliquer aux utilisateurs qu’il existait deux interfaces.
  • SPIP va toujours générer des paragraphes alors qu’il ne le faisait pas sans utiliser le Couteau suisse.
  • exit les class="spip" inutiles
  • enfin et surtout un nouveau système d’URL arborescente (reprenant de nom des
    rubriques) et une gestion de l’historique des URL (lorsque l’on change
    le nom d’un article par exemple).
  • l’"officialisation" d’un certains nombre de plugins et la possibilité de les télécharger depuis le backoffice rend leur utilisationplus accessible aux nouveaux utilisateurs.
    Des innovations potentiellement intéressantes :
  • un squelette par défaut basé sur layoutgala. En tant que grand utilisateur de ces squelettes, la facilité de les personnaliser que cela devrait apporter est appréciable. Nous ne devrions pas tarder à voir paraitre un plugin permettant le passage d’une mise en page à l’autre d’un clic en backoffice.
  • des jointures automatiques à travers les critères d’une boucle : un peu plus technique mais à ce que j’ai compris cela devrait me permettre d’afficher les commentaires postés sur toutes les traductions d’un article.
  • la gestion des conflits lors de l’édition d’un objet (si Fabien et Ronan modifient un même article en même temps dans l’espace d’administration par exemple).
  • la mutualisation des sources est à expérimenter : un seul Spip pour plusieurs sites (avec des backoffices distincts : il s’agit plus de réaliser l’équivalent d’une ferme de blogs que e permettre de gérer plusieurs sites dans le même backoffice omme le permettent Dotclear ou Typo3 par exemple).
  • une meilleure gestion des relations entre plugins et une balise plugin (à ce que j’ai compris cela permet de faire en sorte que le code concernant un plugin particulier ne s’applique que si le plugin est activé, exit les messages d’erreur en dront dès que l’on décoche une extension).
  • la possibilité d’utiliser plusieurs bases de données pour un même site : cela devrait permettre, par exemple, d’afficher des données issus d’une application métier installée parallèlement à Spip dans les squelettes SPIP sans développements particuliers (autre celui du squelette SPIP bien sur). À tester.

Une occasion de faire connaître SPIP ?

La maturité des nombreuses innovations de SPIP de ces dernières années doit permettre de faire découvrir ou redécouvrir SPIP à ceux qui l’avaient connus il y a plusieurs années. Toutefois force est de constater que la promotion de l’outil, notamment auprès d’un public professionnel, n’est pas une priorité de ses concepteurs. Les sites faisant la promotion de l’outil nécessitent un investissement non négligeable pour trouver la bonne information ou simplement une liste de fonctionnalités. Là où la plupart des autres CMS disposent de sites officiels plutôt bien conçus (cf. Dotclear ou Wordpress par exemple), avec un travail d’organisation de l’information rendu visible par un webdesign approprié, spip.net et spip-contrib sont plus difficiles d’accès. Le site de contribution ne hiérarchise pas non plus ses contenus mettant sur le même plan une expérimentation utilisée par trois personnes et un plugin indispensable utilisé par la plupart des utilisateurs expérimentés.

En outre il manque une distribution par défaut "clé en main" et personnalisable. Quelque soit la richesse fonctionnelle de la dist, elle ne peut être utilisé comme tel de manière satisfaisante. Ce n’est pas d’ailleurs son objectif. De nombreuses tentatives dispersées mettent à profit les évolutions de SPIP dans cette perspective mais au jour d’aujourd’hui installer la distribution de base de SPIP ne permet pas de choisir par exemple l’emplacement des colonnes, de choisir les blocs d’infos à y faire figurer, de modifier les couleurs ou les polices de caractère. SPIP restera pour l’instant réservé à ceux qui n’hésitent pas à bricoler un petit peu ne serais-ce qu’en allant fouiller SPIP contrib pour trouver un squelette leur convenant.