Représenter les langues d’un site web

, par Valéry-Xavier Lentz

Comment représenter les langues sur un site web ?

Le multilinguisme est l’une des principales difficultés dans la conception de sites internet.

Il implique des difficultés à la fois :

  • techniques : pour représenter correctement les caractères accentués ou les différents alphabets, notamment pour la communication entre des applications utilisant des systèmes différents ;
  • ergonomiques : afin de permettre la navigation entre différentes versions linguistiques d’un site ou entre un contenu et ses traductions ;
  • relatives à l’architecture de l’information : à défaut de pouvoir traduire intégralement un contenu les arborescences sont souvent différentes selon les langues. Comment par exemple référencer un contenu dans une langue qui n’est disponible que dans d’autres langues ?
  • en terme de communication : comment communiquer auprès de tous en sachant que l’on ne peut traduire les contenus dans toutes les langues du public ciblé ?
  • politiques : la question de la langue est toujours sensible. Les commentaires négatifs en tardent pas si un contenu visant un public international n’est pas disponible dans la bonne langue.
    Lors de la construction d’une page web la langue est prise en compte à plusieurs moments. On la spécifie pour la page entière, ou pour une partie du contenu, voire sur un lien pour signale que la page de destination est dans une autre langue. Cf. Spécifier la langue d’un document (X)HTML sur Openweb.

Je voulais aujourd’hui m’attacher à la question de la représentation des langues sur un site web. Il n’existe que deux méthodes : du texte ou des images.

Le texte est le plus simple : une série de liens voire un menu déroulant permettent de préciser explicitement la langue de destination. Encore faut-il se demander si on doit écrire le nom de la langue dans la langue en question ou dans la langue de la page courante. La logique veut que l’on conserve la version originale dans ce cas puisque l’on s’adresse à un public supposé la parler.

C’est le choix qu’a fait le Taurillon par exemple, qui posera problème si jamais on ajoute une ou deux langues de plus :

Café Babel propose également du texte, mais dans un menu déroulant ce qui rend l’option de langue très discrète. Il est vrai que le ste propose les même contenus dans toutes les langues et qu’il n’est donc pas nécessaire de mettre cette fonction en avant. 

Pour le Taurillon, chaque version linguistique dispose de contenus distincts et d’un comité de rédaction différent : il est donc important pour ce site de mettre en avant de manière évidente les différentes langues disponibles. Notons que dans ce cas l’anglais correspond en fait à une édition internationale. Un problème se poserait si les britanniques souhaitait leur propre édition du magazine, distincte de l’édition internationale. 

Dans le cas où l’on dispose d’un plus grand nombre de langues ou que l’on souhaite mettre en avant visuellement celles-ci à l’aide d’images, que faire ?

L’Union européenne, championne du multilinguisme, utilise les codes ISO-639-1, une norme listant les langues à l’aide d’abréviations de deux lettres. Par exemple :

  • FR = français
  • EN = anglais
  • IT =italien
  • DE = allemand

Notons qu’il existe ausi une norme ISO-639-2 avec des codes à trois lettres (deux lettres ne peuvent représenter en théorie que 676 langues alors qu’il en existe des milliers).

Sur le portail de l’Union européenne et la plupart des sites officiels les codes sont représentés par des pictogrammes sur la pré-home (une page intermédiaire avant la page d’accueil dont l’utilisation est un autre débat...).

Les pages intérieures reprennent le système de menu déroulant, plus à même d’économiser l’espace à l’écran, ce qui est d’autant plus important que le nombre de langues est important (l’Union compte 21 langues officielles) et que ce menu a vocation à être présent à un emplacement clé de la page web. Ces icônes sont documentées ici [en].

Notons que la langue du site de destination est affichée à l’aide du même picto :

L’usage des codes ISO fonctionne bien car il est associé à un texte dans la langue en question.

En revanche on peut se demander s’ils peuvent remplacer les petits drapeaux que l’on trouve parfois, comme ici sur le site www.pourdesvoituresmoinspolluantes.org :

L’intérêt de cette formule est que les drapeaux sont reconnus par les utilisateurs, qu’ils prennent moins de place qu’un texte tout en évitant d’imposer la manipulation d’un menu déroulant.

Les drapeaux fonctionnent sur ce site car ils n’indiquent pas seulement la langue mais aussi le pays concerné : chaque drapeau lie à une page dont le contenu est spécifique à chaque pays.

En revanche leur usage est à déconseiller lorsqu’il s’agit seulement d’indiquer la langue. Il est très peu politiquement correct de proposer à un américain ou encore moins un irlandais de cliquer sur l’Union Jack pour afficher une page en anglais ou ne laisser aux Belges que le choix entre un drapeau français ou néerlandais (sans compter les Belges germanophones). Je ne dénoncerais pas ici de site qui se rendent coupable de cette mauvaise pratique. Cf. Jakob Nielsen : Flag problem [en].

La seule alternative graphique semble donc la reprise des fameux codes ISO, ce qui suppose que les internautes connaisse le code de leur langue et identifient une série de codes comme étant un menu de langues. L’idéal serait un standard graphique qui s’impose de facto ou de jure comme cela s’est fait pour le RSS [en].

On trouve par exemple sur Wikipedia une série d’icones (sous licence libre bien sur) utilisables à cette fin :

Le problème de ces icônes est qu’elles sont très laides d’une part et que personne ne les utilise d’autre part. En revanche on doit pouvoir adapter la couleur à l’environnement du site.

Et vous ? quelle interface préférez-vous pour les sites multilingues ?