Passe d’arme entre Pierre Moscovici et Jean Quatremer

, par Valéry-Xavier Lentz

Suite à un entretien accordé par l’ancien ministre des Affaires européennes Pierre Moscovici au quotidien Libération, le journaliste Jean Quatremer a réagi à certains propos tenus sur son blog : Moscovici et Dati, la poutre et la paille.

Selon Pierre Moscovici, "Etre député européen n’est pas une voie de garage pour des courtisans en défaveur". Il conclut l’entretien en déclarant : "Quand on ne respecte pas ses fonctions, il est logique qu’on soit jugé".

C’est précisément ce que fait Jean Quatremer dans son billet où il rappelle comment, élus député européen à deux reprises, il a interrompu à chaque fois son mandat pour exercer d’autres fonctions.

On aurait pu en rester là : un blogueur, fut-il éminent et journaliste, critique la parole d’un responsable politique. Toutefois Pierre Moscovici, lui aussi blogueur, a choisi de répondre comme le font les blogueurs : dans un commentaire.

La première réaction est de se féliciter de cet échange direct entre l’élu et celui qui commente ses propos. Toutefois, plutôt que de défendre ses choix, et son propos, comme il en a le droit, et comme il a pu le faire par le passé, Pierre a préféré accuser Jean de mesquinerie et de rancune plutôt que de répondre directement au billet. 

Pierre Moscovici est sans le moindre doute l’un des meilleurs des socialistes. Ses analyses sont justes, pertinentes et équilibrée. Il est celui qui avait, lors du Congrès de Reims, prévu et tenté d’empêcher, le catastrophique affrontement entre présidentiables auquel nous avons assisté. Il se prépare aujourd’hui à lancer son propre courant avec ceux qui se reconnaissent dans sa démarche. Le Parti socialiste a un besoin impérieux d’un homme de sa qualité afin de pouvoir se rénover idéologiquement et prétendre à regagner sa crédibilité en tant que parti de gouvernement.

Naturellement, en tant que responsable politique, il est observé. Son action et ses propos sont commentés et critiqués. Il ne trouvera jamais grâce aux yeux de certains. D’autres l’approuveront systématiquement et sans réserve. Entre les deux, de nombreux observateurs reconnaîtront ses qualités sans pour autant lui épargner des critiques ponctuelles, lesquelles peuvent même dans certains cas s’avérer en partie justifiées. Face à ces critiques il faut inlassablement expliquer et chercher à convaincre, pas nécessairement considérer que les émettre est symptomatique de mauvaise foi ou d’hostilité. Le risque pour Pierre serait de passer pour un Alain Juppé de gauche, toujours droit dans ses bottes, ou au mieux un François Bayrou, convaincu d’avoir raison contre tous. Il est j’en suis convaincu bien meilleur.

Pour revenir à l’incident en lui même, Pierre Moscovici et les socialistes ont raison de juger avec la plus grande sévérité le comportement de Rachida Dati et à travers elle celui de Nicolas Sarkozy. Lequel, après avoir prétendu qu’il était indispensable de nommer au Parlement européen les meilleurs, nous impose Rachida Dati.

Dans ce contexte, le titre du billet de Jean Quatremer peut être considéré comme particulièrement injuste. Les dérapages de la candidate UMP démontrent l’insouciance coupable et l’incompétence inexcusable de celle-ci. Cela n’a rien d’une "paille" pour qui attends de ses élus qu’ils soient à la hauteur du mandat qu’il prétend exercer. Pierre Moscovici l’était sans contestation. On peut regretter qu’il ait choisi d’y renoncer précisément pour cela. Mme. Dati le sera-t-elle ? Il est permis aujourd’hui d’en douter et de le dire.

M.à.J. : l’incident a été mentionné par le site Arrêt sur Images : http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=4200