Métier web designer, de Mike Monteiro

, par Valéry-Xavier Lentz

A Book Apart n°7 — Éditions Eyrolles — 2012 — 143 pages — 12 €

Métier Web Designer de Mike Monteiro

Peut-être vous souvenez-vous de Mike Monteiro aka @Mike_FTW : ce conférencier barbu qui, après avoir agité le public d’une conférence à San Francisco en évoquant les excuses foireuses de clients mauvais payeurs, avait invité son avocat à prendre la parole. Cette délicieuse séquence, qui avait eu l’an dernier son petit moment de buzz, est visible sur Vimeo : "F*ck You. Pay Me.".

À la différence de la plupart des titres de la collection, il s’agit d’un retour d’expérience plus que d’une série de tutoriels techniques. Point d’astuces Photoshop ici mais un récit, à la première personne, avec humour (obligatoire pour ce genre de livre aux États-Unis), et ponctué d’anecdotes et de métaphores, visant à définir une série de règles de conduites professionnelles.

Ce titre ne s’adresse pas exclusivement aux "web designers" mais à tout ceux qui travaillent dans une entreprise impliquée dans la création et la conception, pour peu qu’ils soient un minimum partie prenante dans la définition et la mise en oeuvre des processus de l’entreprise (si ce n’est pas le cas la lecture d’une liste de bonnes pratiques est, j’imagine, plus frustrante qu’autre chose). En tant que chef de projet j’y ai trouvé pour ma part de nombreux éclairages pertinents pour mon activité.

Dans un premier temps, on rappelle ce qu’est un designer et un web designer. Un indice : ce n’est ni un "artiste" ni un créa à la manière d’Octave (99 francs). Notez qu’en version original le livre s’intitule "Design is a job" (le design est un métier) car ce n’est pas une évidence pour tout le monde.

Le second chapitre "Trouver des clients" ne brille toutefois pas par son originalité. Les conseils apportés se résument pour l’essentiel à Faites du bon travail et Soyez quelqu’un avec qui il est agréable de travailler [1].

La suite s’avère significativement plus intéressante. Mike Monteiro y développe sa vision d’un prestataire expert qui n’hésite pas à défendre son processus, sa valeur ajoutée, et son tarif.

"Choisir les bons clients". Pardon ? Les clients ne sont-ils pas ceux qui choisissent le prestataire ? Il s’agit ici d’abord de vérifier que l’on est le prestataire le mieux à même de répondre au besoin du client, c’est à dire que l’on a les compétences et le savoir-faire pour lui apporter satisfaction (si vous travaillez dans l’une de ces entreprise qui pratique la politique du "signer d’abord, réfléchir à comment produire ensuite", fuyez...). Il s’agit aussi de repérer les clients qui s’avéreront incapables de vous laisser faire votre travail correctement, poseront des problèmes de paiement, ou tout simplement vous manqueront de respect au cours du projet.

L’ouvrage aborde ensuite la facturation (ne pas avoir peur de parler d’argent), les contrats (son conseil : ne pas travailler sans en faire signer un), et ce qu’il faut y inscrire, le respect de ses processus (qui permettent de livrer au niveau de qualité auquel on s’est engagé) même si le client préfère s’en passer...

Après ces aspects "business" il revient à des considérations centrées plus spécifiquement sur le design : comment présenter son travail (se contenter d’envoyer un mail avec des pièces jointes est une mauvaise idée), comment recueillir un feedback pertinent (briefer le client sur ce que l’on attend de lui à ce stade),

Le plus important passage du livre est à mon sens celui où l’auteur explique que, en tant que webdesigner, votre devoir absolu est de simplifier la vie du chef de projet, de donner des délais réalistes, de respecter les échéances, d’être quelqu’un sur qui on peut compter, et de lui apporter régulièrement du café et des pâtisseries (avertissement : l’un de ces conseils est en réalité de mon cru).

Lire ailleurs :

P.-S.

Mike Monteiro interviendra le 18 octobre à Paris Web 2012 sur le thème « How designers destroyed the World ». L’évènement est naturellement déjà complet.

Notes

[1ce chapitre a été publié sur A List Apart : Getting Clients (en anglais).